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Femmes cycliques, femmes puissantes

Nathalie

Nathalie est de ces femmes inspirantes qui marchent sur leur chemin de vérité et le clame haut et fort. C’est elle, la Doc La Luna des réseaux sociaux. Elle m’a conté son chemin de reconnexion au féminin entre la France et l’Inde et sa vision intégrative de la santé, entre son passé de médecin et sa vie de leader spirituelle. Elle nous propose également sa lecture très intéressante du cycle féminin à travers l’ayurvéda. Une interview passionnante et passionnée.

« J’ai grandi entre 2 pays : la France où je suis née et l’Inde où je suis partie vivre avec mes parents à l’âge de 10 ans.

« J’ai très mal accueilli mes premières lunes. J’avais 13 ans et ma meilleure amie les a eu peu de temps avant moi, alors ce n’est pas que j’étais étonnée, c’est surtout que dans la culture indienne, une fille qui a ses premières règles est une fille qui est fragile parce qu’elle peut être violée, elle peut tomber enceinte… J’ai senti mon entourage sur-protecteur tout à coup et je me suis demandée « Pourquoi je ne suis pas un garçon ? » Mes droits n’étaient plus les mêmes qu’avant.

A Pondichéry, il existe un rite de passage des premières règles qui donne lieu a une grande cérémonie.

On invite tous les voisins, toute la famille : tu peux te retrouver avec 200 personnes dans ton salon ! La jeune fille est parée et maquillée pour incarner les différentes facettes de la déesse. Sur le moment, je l’ai très mal vécu, c’était une obligation à vivre cette journée et une annonce comme quoi j’étais « mariable ». Moi j’avais plutôt envie d’intimité et que personne ne le sache. Maintenant je me rends compte que c’est un beau rite de passage mais si tu y mets la symbolique et si la jeune fille est prête et qu’elle peut choisir avec qui elle veut le vivre.

Ensuite mes cycles étaient plutôt réguliers, je traversais juste un peu de fatigue. Ma problématique était surtout de ne pas me tâcher ! On avait des codes avec les copines de classe pour parler de cette période. On appelait ça « Spoutnik » !

Je n’abordais pas trop le sujet du cycle menstruel avec ma mère. Je n’ai pas eu de transmission sur le féminin à proprement parler. Il y a une grande pudeur dans la société indienne. Il ne faut pas oublier que les Anglais ont laissé des traces et notamment une éducation très puritaine : on ne parle pas des émotions, les règles sont tabous et te rendent impures… Lorsque j’ai voulu mettre des tampons, ma mère m’a dit que je risquais de perdre ma virginité et que j’allais avoir des problèmes lorsque je voudrais me marier. Ca m’a beaucoup marqué, la prise de conscience qu’être une femme et être un homme, ce n’est pas pareil.

J’ai longtemps maudit le fait d’être une femme.

J’étais très garçonne, j’ai rejeté ma féminité parce que j’avais peur d’être agressée. C’est drôle de voir comment le féminin m’a rattrapée d’une autre manière.

J’ai fait mes études au lycée français de Pondichéry. Je rêvais de liberté et d’indépendance et j’adorais la biologie et les voyages : j’ai donc décidé de poursuivre des études longues qui à la fois m’assureraient un métier reconnu et valorisé par la société et à la fois qui me faciliteraient les choses en tant que femme : médecine.

J’ai entrepris des études de médecine humanitaire, mais je me suis rendue compte qu’en fait, c’était de la médecine néo-coloniale où tu apportes ta médecine « moderne » dans des pays qui ont leurs traditions.

Ce qui m’intéressait dans la médecine, c’était de mettre en valeur les savoirs locaux.

J’ai alors mené un mémoire sur la médecine ayurvédique, que j’ai vécu dans mon enfance mais que je considérais comme des remèdes de grand-mère. Dans mes recherches bibliographiques, je me suis rendue compte que c’était vraiment une médecine complète, qui nous permettait de mieux comprendre l’humain dans le monde et sa boussole intérieure.

Je me suis alors rendue compte que la vie ne se résumait pas aux sciences dures et au raisonnement cartésien, mais qu’il y avait quelque chose de plus grand, de plus mystérieux. Peut-être qu’en s’ouvrant aux sagesses ancestrales, nous pouvions devenir plus complet•e ?

C’est alors que j’ai eu envie de créer des ponts.

J’ai lâché mon poste de médecin militaire aux Sapeurs Pompiers de Paris. Mes nombreux « pré- burn out » me disaient qu’il y avait une partie de moi que je n’écoutais pas. Je sentais bien que j’avais une physiologie différente de ce qu’on m’avait appris en fac de médecine sur le corps féminin. Je me suis alors demandée si j’étais la seule extraterrestre ? ou si d’autres personnes vivaient cela comme moi ? En bonne scientifique, j’avais une hypothèse et j’ai décidé de la tester. D’abord sur moi, pendant plusieurs années.

J’ai monté mon entreprise pour former des soignants à la santé intégrative. Et en fait j’étais ma pire boss ! Je travaillais constamment, je ne savais pas me mettre des limites… je n’arrivais pas à ralentir, à me mettre en lien avec le vide, le rien-faire. C’est comme ça que j’ai commencé à lire des livres sur le féminin et je suis tombée, entre autres, sur « Lune Rouge » de Miranda Gray. J’ai alors découvert que j’étais beaucoup plus que ce que je croyais.

En profil ayurvédique, je suis Pitta (feu) mais cela ne me résume pas, je suis aussi les autres éléments et je les traverse dans ma roue du féminin.

Grâce au mandala lunaire (aka suivi du cycle féminin), je me suis rendue compte que je changeais constamment : des moments où j’étais très guerrière (feu), d’autres où j’avais besoin de me poser et où j’étais plus empathique (terre et eau), ou encore d’autres où j’avais besoin de sortir des cases, des to-do list et d’avoir une créativité spontanée (air). Même sans SPM, je me suis rendue compte que je suis dépressive la veille de mes règles. Mon hypersensibilité est démultipliée. En expérimentant sur moi, j’avais vu que ça m’aidait beaucoup, alors j’ai proposé aux femmes que je suivais de faire de même. Les retours étaient vraiment intéressants ! Chacune avait son cycle mais on traversait toutes les mêmes éléments. J’ai alors lancé mon programme en ligne « Sexy, Smart et Spirituelle : 9 lunes pour accoucher de soi ». Le feedback des participantes m’a confirmé qu’on avait vraiment besoin de se connecter à notre douceur intérieure.

Cela m’a aussi questionné sur la transmission qu’on a fait de l’ayurvéda car les auteurs sont surtout des hommes : Comment peuvent-ils être vraiment juste sur ces sujets-là ? Cela manque de témoignages, de récits et d’expertises de femmes.

Même la transmission de l’ayurvéda est depuis une 30aine d’années, très scientifique, très orientée vers les symptômes. Il est temps d’aller chercher la source de nos maux, d’écouter notre nature, d’arrêter de nous forcer.

Il faut qu’on retrouve notre puissance, qu’on expérimente nos hypothèses depuis l’espace de notre corps et qu’on arrête de se reposer sur les livres de médecine patriarcale.

J’ai aussi cheminé du côté du transgénérationel autant du côté féminin et masculin. Cette une part importante de qui nous sommes et que nous n’explorons pas avec la médecine traditionnelle. Depuis 3 ans que je suis en Guadeloupe, je vois bien le poids du vécu des ancêtres et les répercussions chez les humains, et surtout chez les femmes. L’utérus est le siège de beaucoup de traumatismes des femmes de nos lignées et c’est essentiel de le prendre en compte.

Quand j’ai accueilli mon féminin, j’ai fait la paix avec mon histoire, j’ai guéri et maintenant je sais que sans mes cycles, je ne serais pas sur mon chemin.

A la base, un être vivant est supposé être en bonne santé, il est supposé baigner dans les énergie d’abondance et de créativité de l’Univers. Les maladies arrivent pour nous indiquer qu’on s’est coupé de cet alignement inné.

Je pense que la notion de féminin sacré est centrale. Et ce n’est pas que pour les femmes ! Certain•es accompagnant•es séparent le cycle physiologique et la spiritualité, mais pour moi ce n’est pas possible. J’ai envie d’unifier toutes les parties de moi, de mettre du sacré dans toute chose, dans le quotidien. Sans le sacré, il n’y aurait plus de sens. C’est accepter qu’on est qu’une partie du vivant, qu’il existe quelque chose de plus grand que nous, que nous pouvons arrêter de nous positionner en « sauveur ».

Le chemin de guérison du féminin sacré viendra guérir le masculin sacré également.

Même si certaines choses vont mal, de travers, je me dis qu’il y a quelque chose de plus grand et que ces épreuves vont nous aider à redonner sa place au vivant et à la co-création. Et c’est ce que je sens que c’est ce qui se passe, notamment avec les femmes que j’accompagne, la tribu que j’ai créée. Ca me soutient énormément.

Je souhaite aux femmes de suivre leur intuition, de tester leurs hypothèses, de faire confiance à leur propre guru (en sanskrit « allumer la lumière intérieure ») et de faire grandir son propre pouvoir.

Pour retrouver Nathalie – Doc La Luna

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