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Femmes cycliques, femmes puissantes

Mona

Cela a été un plaisir d’enfin rencontrer Mona qui suivait l’Agenda de mes Lunes depuis longtemps. Cette professeure de yoga m’a raconté depuis l’espace du coeur, sa reconnexion avec son féminin et ses traditions. Elle m’a aussi donné très envie de rencontrer sa maman

« Je suis née et j’ai grandi dans le Sud de la France, avec mes parents tunisiens et 4 frères et soeurs.

« Mes 1ère lunes sont arrivées alors que j’étais en 5ème. Je n’étais pas surprise parce qu’on avait vu la reproduction en SVT au collège et puis j’ai plusieurs grandes soeurs. Ma première réaction fut la déception car j’avais en tête les galères des copines avec les protections hygiéniques et le risque de se tâcher. J’en ai parlé discrètement à ma mère, parce qu’avec 4 frère et soeurs, tu as rarement de l’intimité. Pour les saignements, elle m’a conseillé un tissu qu’elle utilisait, comme on vend aujourd’hui des serviettes lavables. Mais c’était une vraie galère car il n’y avait pas d’attaches, il fallait les laver ! Et je me disais que c’était vraiment un truc de « blédards ». Avec le recul, je me rends compte que j’étais hyper dure avec mes origines parce que c’était pas « comme les autres », que mes parents venaient d’un petit village dans les montagnes où il n’y a toujours pas l’eau courante… Aujourd’hui on revient à ça, le lavable, la simplicité…

En fait ma mère est d’une modernité incroyable sans oublier ses traditions et son énergie féminine d’intuition. Par exemple elle a toujours fait beaucoup de rêves qu’elle sait interpréter de façon juste. Ou alors un jour j’ai vu « en apparition » ma grand-mère décédée, et bien ça n’a pas choqué ma mère. Elle me racontait aussi des contes dont je ne comprenais pas le sens, puis un jour, venus de nulle part ils me reviennent à l’esprit et le sens en est dévoilé.

Maintenant quand je vais à des formations ou des stages je me rends compte qu’en fait ma mère m’avait déjà transmis ces enseignements.

C’est une source infinie de rites et de traditions ! Elle ne sait ni lire ni écrire, tout se faisait par la tradition orale et par le « faire »… même pour les recettes de cuisine ! C’est comme si le fait d’être coupée du savoir écrit a permis à ma mère de développer ses autres sens subtils. Aujourd’hui on regarde du côté du chamanisme alors qu’en fait tous les peuples ont leurs traditions. Même en France !

Chez moi le discours autour du cycle féminin était assez pudique. Ma mère me transmettait plus une sagesse populaire qu’un « vrai enseignement » : quand elle remarquait que j’étais maladroite, elle me disait que j’allais avoir mes règles. Et elle avait toujours raison !

Après je n’ai pas eu de cycle douloureux ou de gros troubles. Hormis lorsque je me suis fait poser un stérilet en cuivre. Ma reconnexion à mon cycle féminin s’est opéré en commençant ma formation en yoga intégral, en lisant « Femmes qui court avec les loups » de Clarissa Pinkola Estes et « Lune Rouge » de Miranda Gray… puis grâce à l’Agenda de mes Lunes.

Vraiment, ça a changé ma vie ! Ca m’a clairement permis de voir ma cyclicité, de la rendre concrète, de faire le lien avec le cycle lunaire.

J’arrive maintenant à visualiser le cycle comme un cercle, comme je le fais avec les mois de l’année depuis l’enfance. Plus je comprenais mes cycles, plus la parole se libérait avec mes amies, avec ma mère.

Pour moi, le féminin sacré c’est mon chemin. Je le cultive, je l’enrichis, je l’explore. Je pense même à ouvrir des cercles de femmes.

Par exemple, dans les pays comme celui où ma mère a grandi, il n’y a pas la notion d’aller voir un psy. Si tu as un souci, tu vas voir la vieille du village ou sinon tu te retrouves entre femmes pour parler. Cela se fait naturellement, il y a du soutien et de l’échange au quotidien. Dans nos sociétés dits « modernisées », on a dû mettre en scène ces cercles, poser un cadre pour retrouver ces pratiques. Sans m’en rendre, je pense que ce sont ces traditions de ma lignée qui me portent à faire ce que je fais aujourd’hui.

J’ai arrêté de dire que mes racines étaient nulles. J’ai finalement ouvert les yeux sur le fait que tout était déjà là et qu’il suffit de regarder au bon endroit.

Si je fais ce travail sur mon féminin aujourd’hui, je le fais pour moi mais aussi pour ma lignée, pour permettre de délier les choses. J’ai fait beaucoup de danses urbaines où il y avait de nombreuses personnes racisées qui viennent souvent de familles où l’on parle peu. Puis en arrivant dans le yoga, là on parle de tout, du corps, de l’énergie féminine… En passant d’une sphère à une autre, j’ai aidé les langues se délier parce qu’il y a beaucoup de souffrances et une envie de prendre la parole. On en a toutes et tous besoin.

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Photo @Morgane LeGoff

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