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Femmes cycliques, femmes puissantes

Maureen

Maureen est une source d’inspiration, de beauté et d’énergie. A 50 ans, elle continue de se révéler, de se renouveler, de rechercher le plaisir dans l’existence. Maman, artiste et professeure de yoga intégral & artistique, elle raconte son chemin de femme entre le Costa Rica et la France.

« Je suis née au Costa Rica et je suis arrivée en France à l’âge de 22 ans. Je suis la mama latina d’une fille de 21 ans et d’un garçon de 18 ans.

« Mes premières règles c’était à la fois une joie et à la fois horrible ! Déjà je les ai eu tard, vers 16 ans, j’étais donc très impatiente d’être comme les autres. Quand je l’ai annoncé à ma mère, elle est devenu très triste : « Oh mon dieu ! Ma petite fille ! ». Je suis l’aînée de la fratrie et pour elle les règles rimaient avec sorties, alcool et potentielle grossesse. Peut-être aussi parce qu’elle était obstétricienne.

Elle m’a transmis des informations sur les règles via une brochure produit par une marque de protections hygiéniques de l’époque. Dedans il y avait une sorte de protège-slip tenu par une ceinture. Alors moi je voulais ça, pour faire comme dans la brochure ! Mais ma mère a préféré me donner des tissus en coton lavables. C’était mieux pour ma santé, disait-elle. J’étais dégoûtée ! Mais finalement ça n’a duré que quelques jours et j’ai eu des serviettes jetables.

Puis j’ai découvert les douleurs des règles.

Les miennes étaient vraiment atroces, je n’arrivais même pas à marcher, à aller au lycée. J’ai vu des médecins qui m’ont donné la pilule pour calmer les douleurs. J’étais trop contente car comme ça, j’avais aussi un moyen de contraception discrètement ! Mais en fait ça ne soulageait pas beaucoup, j’ai vécu des années comme ça en alternant des périodes où je prenais la pilule ou non.

Donc je dois dire que la connexion avec mon cycle féminin a été difficile. Quand on en parlait dans ma famille c’était uniquement d’un point de vue scientifique. Mes douleurs ont été traitées très médicalement. Ma mère est dans une posture très rigide avec une énergie vraiment masculine. Pour elle « les émotions, ça sert à rien ».

C’est à la vingtaine, lorsque j’ai commencé un travail sur moi que les choses ont bougé.

J’ai essayé de comprendre d’où venaient ces douleurs, de comprendre mon corps, de connecter à l’histoire des Femmes… Mes lignées de femmes paternelles et maternelles ont eu des enfants jeunes et les ont élevés seule. Je sens le poids de ces mémoires sur ma propre histoire. J’ai aussi des ancêtres africains avec des traumas autour du féminin et de la grossesse. J’ai travaillé sur l’acceptation de la féminité et sur le pardon. Je me suis accompagnée dans ce chemin de guérison personnel et familial. Petit à petit c’est devenu une joie !

L’observation de mon cycle féminin m’a amené une vraie reconnexion à moi-même.

J’ai choisi de prendre le temps de m’observer, d’observer ce qui se passe à l’intérieur de soi. D’une façon très scientifique finalement mais sur des choses plus subtiles, plus sensibles et cela m’a beaucoup aidé. Je me suis reconnectée à la lune ainsi. Pendant presque 4-5 ans, j’ai observé les phases lunaires et elles étaient toujours reliées à mon état émotionnel. Oui oui parfois c’est la lune qui me fait dire des conneries ! J’ai aussi découvert que j’avais des fringales pendant mes règles. Ca m’a ouvert un vrai lâcher prise et une plus grande bienveillance envers moi-même. J’ai observé, touché mon sang menstruel et mes fluides cervicaux pour comprendre mon corps, pour reconnaître le moment où j’ovulais.

C’est seulement vers 40 ans que j’ai commencé à lire des livres et à rencontrer des femmes avec qui je pouvais parler librement du cycle féminin, des femmes qui m’ont apporté du savoir : les méditations de reconnexion à l’utérus, la nécessité de se relâcher pendant les règles, les archétypes…

Ce travail-là je l’ai fait en France. Plus jeune, je n’ai alors pas eu de transmission de traditions costaricaines autour du féminin.

On utilise beaucoup de remèdes naturels et on fait appel à des femmes guérisseuses mais c’est tout. En fait le Costa Rica est une terre de grands métissages : les autochtones ont été envahi par les espagnols, tués ou repoussés dans les montagnes. Puis sont arrivées pour répondre au besoin de main d’oeuvre sur les chantiers de chemins ferrés des populations de Chine, de Jamaïque, d’Haïti, d’Italie. Enfin après la Seconde Guerre Mondiale, ce sont les Allemands, des Juifs qui sont venus… ce qui fait que chaque famille a son héritage culturel propre. Je n’ai connaissance que de quelques tribus autochtones où encore aujourd’hui, les femmes vivent entre elles dans la forêt.

Lorsque j’étais jeune on en parlait pas du cycle féminin ! Les protections hygiéniques on appelait ça les « munitions ». Au Costa Rica, on vit une féminité très intégrale. Il faut être belle & intelligente. Et pas l’un sans l’autre. Ma mère me disait de beaucoup dormir pour être belle par exemple. La femme doit être féminine, très apprêtée, très voyante. Tu ne peux pas vraiment rester en pyjama quand tu as tes règles. Tout est cadré dans ce que tu dois faire ou pas faire, il y a beaucoup de codes.

Mais moi, mon idole c’était Madonna, alors j’ai cassé les codes et tracé ma route ! Au grand désespoir de ma mère !

Je cherchais beaucoup la féminité et être au top en toutes circonstances. La compréhension de la roue du féminin m’a aidé à apaiser ma Jeune Fille, à être plus douce envers moi-même et à accepter les phases de repos. Le yoga m’a amené à ajuster mon rythme en travaillant la régénération. Maintenant je respecte mon cycle féminin et le cycle lunaire et ça me fait du bien.

Aujourd’hui je suis en pré-ménopause. Je sens que ça change les priorités dans ma vie, un peu mon corps… mais pas mes envies sexuelles ! Puis j’expérimente les bouffées de chaleur incroyables ! Le yoga m’aide à redonner tout ça à la Terre.

Je suis vraiment dans une période de ma vie « Enchanteresse » et à la fois je peux expérimenter tous les archétypes en même temps et en excès !

Je suis très heureuse de voir que le féminin sacré prend de plus en plus de place dans la société, qu’on laisse tomber ce yang qui pense tout savoir. On peut être féminine et puissante à la fois. Ma fille est plus libérée vis-à-vis de son cycle, elle pratique même le flux instinctif ! C’est très inspirant !

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Photo @Sylvana Mele

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