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Femmes cycliques, femmes puissantes

Faïza

Merci Instagram de m’avoir fait rencontré Faïza ! Cette femme incroyable se lance dans l’aventure entrepreneuriale avec la création d’un lieu sur la sexualité féminine. On a parlé de spiritualité, de libérer la parole sur le sexe et de sa reconnexion toute récente à son cycle féminin. Et on a ri !

« Mon père est antillais, ma mère vient du Maghreb et moi de région parisienne où je vis toujours avec mon conjoint et mes 4 filles de 2 à 12 ans.

« Mes 1ères règles sont arrivées alors que j’avais 11 ans. J’étais en vacances aux Antilles avec ma grand-mère. Je ne savais pas vraiment ce qui m’arrivait alors ma tante infirmière m’a donné quelques explications. Elle m’a dit que maintenant j’étais « une jeune fille », que tous les mois j’allais perdre du sang et que j’allais devoir utiliser des protections hygiéniques. Mais en fait, je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle me racontait. Pendant une dizaine de jours, j’ai eu des saignements en pointillés. Pas facile quand tu es en vacances à la mer ! Tout le monde était au courant ! En rentrant, je ne l’ai pas dit à ma mère car je pensais que ça ne m’arriverait qu’une fois.

C’est difficile à comprendre enfant comment est fait notre corps. Tu te regardes dans un miroir, tu ne vois pas d’utérus, pas d’ovaires…

C’est lorsque j’ai recommencé à saigner en rentrant au collège que j’ai du lui en parler. Comme elle est extrêmement pudique et mal à l’aise avec ce type de sujet, elle m’a un peu expédiée en me donnant des serviettes hygiéniques. Il n’y a pas eu de discussions, d’explications. Je me suis sentie seule. C’est aux détours de conversations avec des copines que je me suis rendue compte que ça allait durer longtemps et qu’il allait falloir faire avec. Je n’ai fait le lien avec le risque de grossesse qu’un an plus tard en cours d’anatomie !

Mes premiers cycles étaient assez anarchiques, puis ils sont devenus vraiment douloureux : 7 jours de saignements abondants, avec les 2 premiers jours où j’avais du mal à tenir debout. Ma mère connaissait bien des remèdes de grand-mère pour cela, mais issus de son enfance au Maghreb et elle ne retrouvait pas les mêmes plantes et ingrédients ici, en France. On n’avait pas d’autres réponses du corps médical que la pilule pour apaiser les douleurs. Mais pour ma mère, c’était inenvisageable de la prendre à 12 ans !

Ce n’est que vers 15-16 ans que l’ai commencé la pilule et ça a vraiment soulagée. J’ai géré la douleur comme ça pendant 3 ans. Puis je l’ai arrêtée pour voir comment mon corps se portait sans, car je déteste les médicaments !

Ca n’a pas durer longtemps car j’ai eu ma première fille l’année de mes 21 ans. C’était un choix d’avoir mes enfants tôt pour être « super fraîche » sur la plage à 40 ans ! Depuis, j’ai choisi le stérilet en cuivre. Ca n’a pas ravivé mes douleurs de règles… jusqu’à mon dernier accouchement il y a 2 ans. Mon corps a vraiment changé depuis.

Maintenant je suis très sensible à mes variations intérieures, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Mon cycle est vraiment imprégné dans mon corps.

Je ne sais pas exactement à quoi est dû ce changement : j’ai vécu en même temps cet accouchement, mes 30 ans et une reprise d’études. En 10 jours, j’ai fait mon écrit, mon accouchement et mes oraux. J’ai tenu bon, je n’avais pas fait tout ça pour ne pas y aller. Le jour des oraux, je savais que j’avais validé mon année, mon dernier bébé était né. Il s’est passé quelque chose en moi, je me suis dis : « Faïza, ça y est, tu as 30 ans, tu as tes 4 enfants, tu as ton année. Tout est là, il n’y a plus qu’à construire ».

A ce moment-là, je me suis permise simplement d’être, de vivre en pleine conscience. Je me suis sentie plus à l’écoute de moi-même, je n’étais plus uniquement dédiée aux autres, à ma famille. Après ces 10 années où je ne prenais pas le temps de m’arrêter, même si je faisais les choses avec le coeur, je me suis dis « Recentre-toi sur toi, sois toi-même, avances avec toi, ton corps, tes envies ». J’ai enlevé le couvercle et retrouvé l’empathie et la bienveillance envers moi-même. Je me suis replacée dans mes priorités et je vois que c’est plus facile pour les autres aussi. Si je brille, je brille pour eux et avec eux ! Depuis 2 ans, ma vie a vraiment changé.

J’ai senti que je passais un cap, que je créais quelque chose d’autre, que je devenais une femme.

L’idée d’un projet autour de la sexualité date de ma deuxième grossesse. D’abord c’était un projet de salon de thé / librairie érotique, mais je n’enclenchais rien pour le concrétiser. Il y a 1 an, j’ai arrêté de travailler car je ne me sentais plus en phase avec les valeurs de ma boite. Je me suis questionnée sur mes envies profondes. J’ai cheminé spirituellement et je me suis rendue compte que ce je voulais, c’est offrir la possibilité aux femmes de s’exprimer, de ne pas être dans le jugement, qu’elles puissent se déposer dans un espace sécuritaire où on peut être vulnérable, curieuse, mais surtout authentique. Un endroit où on n’a pas besoin de faire semblant, où on trouve d’autres femmes qui nous ressemblent… et si on peut le faire autour de gourmandises sucrées ou salées c’est encore mieux !

C’est ma spiritualité qui m’a décidé à créer ce projet.

J’ai grandi avec une double religion et un mélange d’éducations qui ont l’air d’être très différentes mais qui finalement ont des valeurs très proches. Ce sont 2 éducations où la sexualité est absente : Dans la religion chrétienne, la sexualité est en plus très reliée à la reproduction. Au Maghreb, la sexualité comporte beaucoup d’interdits.

Quand je suis devenue musulmane, j’ai voulu savoir comment vivre ma sexualité dans ce cadre. Je n’avais pas de préjugés, mais je savais qu’autour de moi beaucoup de personnes en avaient. Alors j’ai cherché, j’ai étudié les textes et je me suis rendue compte qu’énormément de personnes ne se documentaient pas ! Les choses sont simples, elles sont dites et écrites. Quand tu lis le Coran, c’est écrit noir sur blanc qu’une femme a le droit de jouir et que son mari est supposé répondre à ses besoins sexuels ! Ce sont les hommes qui nous disent qu’il faut être à la disposition de l’homme.

En fait, on mélange la spiritualité et la éducation culturelle. Quand j’ai fait cette découverte, c’était impossible de ne pas en parler autour de moi.

Parce que la sexualité c’est super, parce que c’est bénéfique pour les femmes et aussi leurs partenaires. C’est normal d’avoir du désir et c’est ce qui nous unit à l’autre.

Cette prise de conscience a éveillé l’entrepreneure et la féministe en moi. J’étais tellement énervée que nous soyons éduquée sans informations ou avec des fausses idées. Découvrir la sexualité le jour de son premier rapport : c’est dangereux ! Certaines femmes ne savent même pas qu’elles peuvent tomber enceinte !

J’ai envie de parler de l’écart entre ce qui est vécu et ce qu’on s’imagine, parce qu’il y a tellement de non-dits ! Quand c’est tabou, on imagine le pire : mais venez, on en parle !

Comment faire pour découvrir des choses quand on ne connait pas quand on ne sait pas qu’elles existent ?

J’ai d’abord parlé de ce projet à mon conjoint qui m’a soutenu tout de suite. Mes amies se sont rendues compte qu’à la trentaine, elles ignoraient encore beaucoup de choses. Comme je suis très à l’aise pour en parler, j’ai même abordé le sujet avec les ainées de ma famille. Etonnement, elles m’ont fait leur retours, elles ont participé à mon questionnaire… et cela a validé mon idée que si une personne en parle, cela déstresse tout le monde ! Même ma mère est a l’écoute, elle a participé, elle en a parlé à ses collègues !

J’ai l’ambition que ce lieu soit un espace de parole et de connaissances, que des maris en parlent à leurs femmes, que des mères y emmènent leur fille… Le projet de création du lieu a été ralenti à cause du covid, donc je réfléchis en premier lieu à une communauté en ligne mais j’espère qu’il verra le jour rapidement.

Dans mes recherches autour de la sexualité féminine, j’ai découvert les énergies du cycle féminin et le féminin sacré. C’est un peu nébuleux, mais j’ai envie d’être dedans, c’est trop beau !

En seulement 3 mois d’observation de mon cycle féminin, ça a déjà énormément changé mon quotidien.

  • je suis plus consciente des variations de mon corps et de mes humeurs.
  • je prépare mon conjoint et mes enfants à mes changements d’humeur et je leur explique que cela n’a rien à voir avec eux.
  • je comprends mieux mes excès de colère vis-à-vis de mon conjoint en phase post-ovulatoire et ça calme tout de suite la situation.
  • j’avance beaucoup plus vite sur mon projet car je gère mieux mon énergie : je fonce quand l’énergie est là, je laisse couler pendant la phase où je doute et où je me sens seule.
  • je culpabilise moins quand je suis fatiguée, quand j’ai besoin de me reposer

En ce moment, j’ai mes règles pour la Pleine Lune et ça me donne un million d’idées, bien que mon corps soit fatigué. Je suis très sensible à l’énergie lunaire. J’ai toujours été fascinée par la lune, je me sens vraiment comme une enfant de la lune. Je peux rester des heures à la regarder. Je suis déjà sortie de chez moi à 2h du mat pour aller l’admirer, allongée dans l’herbe du parc. Je la cherche constamment.

Même mon mantra c’est « viser la lune et vous atterrirez dans les étoiles ».

J’ai eu du mal à me repérer entre les saisons et les archétypes qui sont proposés pour parler du cycle féminin :

  • Je suis la Femme Sage en filigrane
  • Je pensais qu’étant mère de 4 enfants je serais très « mère », mais pas tellement finalement
  • Je vis intensément la phase Enchanteresse avec beaucoup de remises en question

Ce savoir autour du cycle féminin et du féminin sacré, il mérite tellement d’être répandu ! J’ai 4 filles à la maison, j’ai envie de leur transmettre tout ça le plus tôt possible. Si au moins je leur transmets ça, j’aurais fait une bonne partie du job. Quand tu te comprends mieux, tu peux faire de super belles choses !

Pour retrouver Faïza

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