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Femmes cycliques, femmes puissantes

Emmanuelle

« Femmes cycliques, femmes puissantes » est une série de portraits de femmes qui se sont reconnectées à leur cycle féminin. Elle raconte leur chemin personnel, empreint de la petite et de la grande Histoire. Dédié principalement aux femmes racisées, ce cycle de récit a pour but de mettre en lumière toute la diversité des voix(e) sur la route du féminin sacré.


J’ai le plaisir d’ouvrir ce cercle virtuel avec Emmanuelle. Professeure de yoga et facilitatrice de cercles de femmes, Emma a une énergie incroyable, pleine de force et de douceur. Je suis ravie de vous la présenter :

« Je suis une femme antillaise, je vis en métropole mais comme toute femme noire, mes prémices sont africaines.

J’ai accueilli mes règles vers l’âge de 12 ans, sans savoir ce que c’était. Ce jour-là, ma grand-mère m’a annoncé que je devenais une femme, que mon corps allait changer et que c’était en lien avec le cycle lunaire. Le cycle des 4 saisons comme analogie du cycle féminin est une référence très occidentale. En Afrique et aux Antilles, il n’y a que 2 saisons (été / hiver) : on se réfère donc aux phases de la lune. Ma grand-mère m’a dit de ne pas le dire aux garçons, de cacher mes menstruations… un conditionnement occidental aussi car en Afrique, le sang menstruel était considéré sacré et on l’utilisait pour fertiliser la terre.

Une véritable initiation au féminin.

Le soir même de mes premiers saignements, une réunion a été organisée pour fêter mes ménarques avec les femmes proches de ma famille : elles m’ont raconté leurs propres histoires, rassuré sur les changements de mon corps, expliqué le cycle féminin et le lien avec la lune… il y avait des maladresses, mais avec le recul je me rends compte que c’était une véritable initiation au féminin sacré !

Un féminin sacré qui, pour les femmes noires, a été démoli par des siècles d’esclavage et les traces qu’ils laissent encore aujourd’hui :

Le déracinement de la Terre Mère avec des familles séparées, parfois sur plusieurs continents, créant de grosses déchirures dans les valeurs de l’énergie féminine (accueil, réceptivité, partage, amour inconditionnel) et dans le lien aux rythmes de la nature.

Une impossibilité d’incarner les valeurs du féminin avec une énorme pression exercée sur les femmes : les viols à répétition des hommes blancs comme des hommes noirs contraints par leur maitres. Mais aussi le fardeau de tout assurer dans le foyer tandis que les hommes travaillaient dehors d’interminables journées. Chez les africaines et surtout les antillaises, on parle de « potomitants », c’est-à-dire une femme-poteau, qui doit rester droite et tout supporter pour sa famille. Cette mémoire transgénérationnelle perdure et continue d’enfermer les femmes, les menant au féminin toxique.

–  la christianisation qui a tenté d’effacer les rituels du féminin, les enseignements, les croyances issus des terres d’origine. Les cultures africaines, comme le voodoo qui prône le féminin sacré, ont été diabolisées et ont dû survivre de façon cachée dans les Antilles, les Caraïbes et en Amérique du sud.

Fière de renouer avec ces traditions ancestrales.

Heureusement, les choses changent et les femmes noires, quelque soit leur continent, reviennent à ces savoirs ancestraux et retrouvent leur puissance. Et on revient de loin ! De plus en plus de femmes se relient à la sagesse de leur cycle féminin grâce à une reconnexion à la terre de leurs origines, aux cultures et aux médecines africaines ancestrales. Et ça fait du bien ! Je suis vraiment fière de voir que nous renouons avec ces traditions, que nous pratiquons nos danses,  que nous retrouvons notre patrimoine culinaire… en fait que nous portons nos couleurs féminines africaines. »